Aujourd’hui, les décisions en matière d’éclairage public sont souvent guidées par des objectifs écologiques (réduction de la consommation d’énergie, protection de la biodiversité, baisse des émissions de CO₂). Ces choix ont également un impact direct sur la vie quotidienne des habitants : sentiment de sécurité, confort visuel, habitudes nocturnes, attractivité des territoires.
Chloé Beaudet, Post-doctorante en économie de l’environnement à l’INRAE, a publié en décembre 2025 une thèse sur l’extinction de l’éclairage public. Cette thèse s’intéresse aux conséquences sociales et économiques des politiques d’extinction généralisées mises en place par les communes françaises dans les années 2020. L’objectif de son travail était d’intégrer pleinement la dimension sociétale dans la prise de décision afin d’aider les collectivités à concevoir des politiques d’éclairage à la fois efficaces sur le plan environnemental et acceptables pour les citoyens.
Une partie de l’étude cherche à évaluer en détail la pertinence de l’éclairage, en allant jusqu’à l’implantation des points lumineux et les caractéristiques de la lumière. Elle a été menée sur la métropole de Montpellier qui est différente du territoire du SICECO en termes de population, mais les enseignements de cette étude sont une source d’informations utiles pour toutes les communes qui alimenteront la réflexion du SICECO pour l’adaptation de sa doctrine technique. D’autres chapitres analysent des données nationales.
Passage en revue des différentes conclusions :
Les habitants sont-ils favorables à la réduction de l’éclairage ?
Dans un premier temps, la thèse analyse l’acceptabilité sociale des politiques de réduction de la pollution lumineuse.
À partir d’une étude menée dans la métropole de Montpellier, les habitants ont été interrogés sur trois types de mesures :
- la réduction de l’intensité lumineuse
- l’extinction de l’éclairage public la nuit (entre 23 h et 6 h)
- le passage d’une lumière blanche à une lumière orangée
Grâce à une méthode d’analyse statistique avancée, deux grands profils de préférences ont été identifiés :
- un groupe plutôt favorable aux mesures proposées
- un groupe plus réticent, notamment à l’extinction complète de l’éclairage durant la nuit
Ces résultats montrent que la population n’est pas homogène : les politiques d’éclairage doivent tenir compte de cette diversité d’opinions.
Un outil d’aide à la décision pour les collectivités
Chloé Beaudet propose la création d’un outil d’aide à la décision pour la métropole de Montpellier.
Cet outil repose sur deux indicateurs complémentaires :
- un indicateur écologique, basé sur les niveaux de pollution lumineuse et sur une modélisation des besoins de six groupes d’espèces animales
- un indicateur d’acceptabilité sociale, issu des travaux précédents
En croisant ces deux dimensions dans une application simple d’utilisation, les décideurs peuvent hiérarchiser les actions à mener.
Le principal enseignement est clair : une politique uniforme appliquée à toute la ville n’est pas optimale. Il est préférable d’adapter les décisions au contexte local, parfois à l’échelle du lampadaire pour concilier protection de la biodiversité et attentes des habitants.
Un panorama inédit des politiques d’extinction en France
Le quatrième chapitre de la thèse élargit l’analyse à l’échelle nationale.
Une base de données originale a été construite pour toutes les communes de plus de 1 500 habitants en France métropolitaine (29 communes au SICECO). À partir d’images satellitaires nocturnes, un modèle statistique permet de détecter les changements dans l’intensité lumineuse et d’identifier les communes ayant adopté :
- une extinction nocturne
- une rénovation
- ou une réduction d’intensité
Les résultats montrent que :
- 64,4 % des communes françaises ont adopté une politique d’extinction entre 2012 et 2023
- 53,3 % l’ont fait après juillet 2022, dans un contexte de forte hausse des prix de l’énergie
La thèse analyse également le profil des communes les plus susceptibles d’adopter ces mesures.
Pour rappel, sur les 668 communes qui ont transféré la compétence éclairage public, 89 % pratiquent une extinction nocturne. Sur notre territoire, les communes étaient sensibilisées bien avant la crise énergétique puisque 69 % le faisaient avant juillet 2022.
Le SICECO a réalisé une étude du même type (c’était l’objet de la présentation du 23/02)
Éclairage public et délinquance : quels effets ?
Le dernier chapitre examine enfin une question souvent débattue, l’extinction de l’éclairage public augmente-t-elle la délinquance ?
En étudiant cinq types de faits de délinquance entre 2016 et 2023, les résultats montrent :
- aucun effet significatif sur la plupart des infractions étudiées
- une légère hausse des cambriolages, principalement dans les communes à forte densité
Ces conclusions nuancent l’idée selon laquelle l’extinction entraînerait mécaniquement une augmentation générale de l’insécurité.
Conclusion
Cette thèse montre que les politiques d’éclairage public ne peuvent pas être pensées uniquement sous l’angle écologique ou énergétique.
Elles doivent intégrer :
- les attentes et les perceptions des habitants
- les spécificités locales
- les enjeux de biodiversité
- les éventuelles conséquences en matière de sécurité
En combinant analyses économiques, outils statistiques avancés et données satellitaires, ce travail propose des outils concrets pour aider les collectivités à prendre des décisions « éclairées ».
A titre de comparaison, sur le territoire du SICECO, aucune commune ayant mis en place la coupure nocturne ne signale de forte hausse de la délinquance. Le retour d’expérience des différents acteurs montrent en revanche qu’il est préférable d’avertir et d’expliquer la démarche aux habitants. Cette dernière a de meilleures chances d’être ainsi acceptée.